Vers une régionalisation des moteurs de l’économie européenne ?
Alors que depuis 2010, le couple franco-allemand a porté l’économie européenne affichant la plus forte croissance et accueillant les entreprises les plus innovantes, la tendance actuelle s’inverse. L’Europe se dirige vers une régionalisation de son économie, marquée par l’émergence de nouveaux moteurs et une influence croissante de périphéries dynamiques au sein de l’UE.
Le retour des États du Sud
Depuis 2010 cette partie de l’Europe est à la traîne, les économies méditerranéennes affichent désormais une robustesse surprenante.
L’Espagne portée par une consommation intérieure en hausse, des investissements massifs dans les infrastructures et un mix énergétique très compétitif (renouvelables), l’Espagne affiche des prévisions solides avec une croissance attendue de +2,3 % en 2026.
L’Italie, depuis l’arrivée de Giorgia Meloni, le pays a relancé de nombreux projets et maintenu une trajectoire des comptes publics jugée rassurante, permettant une amélioration de la perspective sur sa dette. L’Italie opère un tournant stratégique vers l’industrie à haute valeur ajoutée (défense, spatial), bien que sa croissance reste plus modérée, prévue à +0,8 %.
L’émergence de nouveaux acteurs à l’Est Le centre de gravité de l’Europe se déplace vers l’Est, sous l’impulsion de considérations sécuritaires et énergétiques.
Avec un chômage très bas et une hausse spectaculaire des dépenses de défense, la Pologne profite d’une nouvelle dynamique régionale. Disposant d’un vaste territoire et d’un poids démographique majeur, elle s’affirme comme une puissance incontournable, ce qui se traduit par une prévision de croissance dynamique de +3,5 % pour 2026.
Riche en ressources gazières (notamment en Mer Noire), la Roumanie cherche sa place sur l’échiquier européen. Malgré une scène politique parfois houleuse, l’économie du pays conserve un potentiel de rattrapage à surveiller, avec une croissance estimée à +1,1 %.
Les champions d’hier vont-ils survivre ?
Les moteurs historiques de l’UE traversent une zone de turbulences structurelles. En grande difficulté, la France reste plongée dans un flou institutionnel et économique. L’élection présidentielle de 2027 s’annonce déjà comme un tournant décisif pour le modèle de développement du pays, dont la croissance devrait plafonner à +0,9 % en 2026.
Le modèle allemand est en souffrance depuis la guerre en Ukraine, qui a révélé sa dépendance historique au gaz russe. L’Allemagne tente désormais de jouer sa dernière carte pour sauver son industrie via des investissements massifs financés par la dette, espérant ainsi soutenir une croissance prévue à +1,2 %.
Cette redistribution des cartes économiques confirme l’essoufflement du couple franco-allemand au profit de nouveaux pôles de dynamisme situés au Sud et à l’Est du continent.