Économie – IndustrieAmérique du Nord
Financiarisation des GPU : Nvidia dicte sa loi aux assureurs
Alors que les investissements dans l’intelligence artificielle croissent, le financement des acteurs intermédiaires s’impose comme un enjeu central. Dans ce contexte, Nvidia discute avec des assureurs pour faciliter l’achat à crédit de ses GPU par les entreprises d’IA et les petits fournisseurs de cloud (« néo-clouds »).
En effet, contrairement à Amazon, Microsoft ou Google, ces acteurs n’ont pas les bilans financiers nécessaires pour rassurer les banques. Lorsqu’une petite entreprise emprunte pour acheter des GPU, ces puces servent de garantie matérielle que la banque récupère pour les revendre en cas de faillite. Par conséquent, l’assurance interviendrait pour indemniser les prêteurs uniquement si le montant tiré de la revente de ces puces d’occasion ne suffit pas à rembourser le prêt initial.
Par ailleurs, Nvidia a partagé des données sur la dépréciation de ses puces et les prix futurs de la puissance de calcul. Ainsi, l’entreprise cherche à établir les GPU comme une classe d’actifs investissables, financée sur sa valeur résiduelle à l’image des avions.
Toutefois, bien que ces discussions débutent, ce montage soulève deux interrogations :
Pour servir de garantie sur un amortissement de 5 ans, le matériel doit garder une valeur stable. Or, l’arrivée de nouvelles puces (GB200) dégrade déjà la rentabilité des générations précédentes (H100). Nvidia fait donc face à un conflit d’intérêts entre le rythme de son innovation et le maintien de la valeur des puces existantes.
Utiliser des puces comme sûretés financières interroge sur la stabilité du modèle, alors que la guerre des prix sur l’IA (illustrée par les tarifs bas de DeepSeek) pèse déjà sur les revenus du secteur. Dès lors, une baisse du marché du calcul réduirait directement la valeur de ces garanties.
En somme, cette démarche interroge la viabilité à moyen terme des investissements dans les datacenters face à la hausse du coût du capital. En financiarisant ses équipements pour élargir sa clientèle, Nvidia transfère un risque technologique vers le secteur financier.
Sources : Financial Times