Économie – IndustrieAmérique du Nord
IA : les investissements colossaux des hyperscalers seront-ils rentables ?
Tandis que les investissements dans l’intelligence artificielle ne cessent de croître, la rivalité entre Hyperscalers US draine un volume sans précédent de capitaux mondiaux, tous mobilisés pour façonner ce qui s’annonce comme une révolution économique et industrielle majeure. Face à de telles masses financières engagées, la question de la rentabilité s’impose désormais comme un enjeu crucial, scruté par l’ensemble des observateurs.
Dans ce contexte, un rapport de Goldman Sachs pose un ensemble de questions. Pour rentabiliser les infrastructures informatiques, les entreprises visent un taux de retour sur capital investi (ROIC) de 12,0 %, basé sur une durée d’amortissement du matériel estimée à 5 ans. L’atteinte de cet objectif implique que chaque gigawatt (GW) d’énergie consommé génère annuellement près de 11,59 milliards de dollars de revenus. Cependant, la rentabilité varie fortement d’un matériel à l’autre :
Anciennes puces (H100) : Leurs tarifs actuels sont trop bas pour dégager de bons bénéfices. Louées à 2,50 $/heure, elles remboursent juste leur coût sans rien rapporter, et sous la barre des 1,50 $/heure, elles font même perdre de l’argent.
Nouvelles puces (GB200 de NVIDIA) : Plus puissantes, elles permettraient de fixer un prix de location plus élevé (5,00 $/heure) et d’assurer une excellente rentabilité.
Pour le prix des services d’IA (les tokens) : afin de rentabiliser le matériel, le service devrait être vendu environ 0,60 $ par million de tokens. Cependant, certaines entreprises cassent les prix pour attirer les clients (comme DeepSeek avec des tarifs autour de 0,14 $). À ce niveau-là, la vente de services d’IA ne suffit pas à rembourser les investissements de départ.
Ces deux éléments soulèvent la question de la rentabilité à moyen terme d’investissements colossaux dans les datacenters, qui devraient représenter 3,6 % du PIB entre 2025 et 2032. La compétition entre les modèles américains et chinois risque d’éprouver les limites du modèle américain, en particulier le coût des infrastructures, alors même que le coût du capital ne cesse de progresser. Si les perspectives d’avenir de cette industrie demeurent très prometteuses sur le plan stratégique, les pressions financières grandissantes suscitent de légitimes interrogations.
Sources : Goldman Sachs · BigGo Finance