Géopolitique – ConflitsMoyen-Orient
L’Arabie saoudite : une puissance sous tutelle ?
Les 7 et 8 octobre, l’aéroport de Riyad a été la cible de frappes menées par les rebelles houthis, une milice armée du nord du Yémen membre de « l’axe de la résistance » pro-iranien. Le samedi 10 octobre, l’Autorité générale de l’aviation civile saoudienne a déploré 12 morts et 309 blessés à la suite d’une offensive imputée aux Houthis la plus meurtrière enregistrée dans le royaume depuis dix ans. Depuis, les attaques de drones sont devenues récurrentes.
Ces frappes s’inscrivent dans la continuité d’une escalade régionale amorcée par les actions de Washington contre un Iran affaibli. Cette situation met en lumière le délitement sécuritaire intérieur et l’incapacité de Riyad à garantir sa propre défense, alors même que le pays revendique le statut de puissance pivot au Moyen-Orient aux côtés de la Turquie et de l’Iran. Le royaume a pourtant consacré 83 milliards de dollars à ses dépenses militaires en 2025, devançant le budget de la France et faisant jeu égal avec celui de l’Ukraine.
Entre le 1ᵉʳ et le 14 septembre, le territoire saoudien avait déjà essuyé plus d’une dizaine de tirs visant des infrastructures stratégiques, en premier lieu l’oléoduc Est-Ouest, par lequel transite l’essentiel du pétrole destiné à l’exportation. Comme le souligne la revue Le Grand Continent, le PIB national pourrait reculer de 4,5 % en 2026 si ce pipeline restait à l’arrêt pendant un mois et que le détroit d’Ormuz demeurait bloqué.
Ces assauts répétés contre des installations énergétiques, civiles et militaires contraignent la monarchie à solliciter l’appui d’alliés occidentaux comme la France ou les États-Unis. Cette dépendance écorne son statut géopolitique et fragilise la confiance des investisseurs, ce qui pourrait freiner les capitaux attendus dans des chantiers cruciaux comme le nucléaire civil ou les programmes de diversification économique.
Le regain de tensions provoqué par l’intervention américaine semble donc affaiblir cet allié historique, tout en laissant le champ libre à la Turquie pour asseoir son influence dans la région.
Sources : Le Grand Continent